samedi 7 décembre 2013

Bordeaux : un an de prison avec sursis pour violences sur son nourrisson

Quand le père est venu chercher sa fille de 6 mois chez la nounou le 28 février 2011, tout allait bien. Il l’a prise dans ses bras, a essayé de la faire sourire. Une demi-heure plus tard au domicile familial, alors qu’il avait appelé un voisin à la rescousse pour calmer les pleurs sans fin et de faim du nourrisson, des marques sont apparues sur le visage gonflé de la petite. Des rougeurs et traces violacées qui ont tout de suite alerté la mère à son retour.
Le bilan a été établi aux urgences pédiatriques : des lésions écchymotiques et arciformes sur la face, des traces de doigts qui ont serré le visage, une fracture de l’humérus, une autre du vertex. L’expertise médicale est claire : il ne s’agit pas de blessures accidentelles. Un signalement a été fait aux services sociaux et aux enquêteurs.

  • « Ça a été fait avant »
« Ça colle avec un enfant que l’on serre fort ou qu’on secoue pour le supplier de se taire », commente le président Alain Reynal. Le bébé a été placé quatre mois avant d’être rendu à ses parents. Le père, aujourd’hui âgé de 32 ans, comparaissait hier devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour violences aggravées par ascendant.
« Je contredis les faits », ne cesse-t-il de répéter, offusqué et tremblant à la barre. Papa est-il « méchant », jetait-il le bébé sur le lit comme l’a affirmé l’aînée des enfants, alors âgé de 5 ans ? « Pas du tout. C’est un enfant désiré, j’avais juste du mal à lui donner le bibi tellement elle avait une relation fusionnelle avec sa mère. Mais je l’aime. Elle m’adore. »
Il n’explique pas les marques. « Ça a été fait avant, chez la nounou, ce n’est pas possible autrement. » Pourtant, le médecin qui a examiné l’enfant assure que ce type de lésions apparaît tout de suite après les violences.
  • On en revient toujours à lui
Me Sophie Benayou défend la mère et l’enfant. Des parties civiles atypiques puisqu’elles viennent au soutien du mari et père. « Et ce n’est pas l’aveuglement amoureux d’une femme ou la volonté d’assurer coûte que coûte une paix familiale », plaide le conseil. Sa cliente est persuadée que le prévenu est innocent.
Pour le vice-procureur Sophie l’Angevin, « ce n’est pas la mise en cause habituelle d’un papa violent et dangereux, mais peut-être un moment d’énervement. Un instant de colère trop douloureux à avouer alors qu’il n’arrive pas à faire cesser les pleurs de sa fille. Soupçonné d’un geste violent, il n’en est pas moins un père ».
Reste qu’il s’est passé quelque chose ce jour-là, visible sur le visage du bébé. Les pistes extérieures ont été explorées et pour la magistrate, on en revient toujours au père, condamné à plusieurs reprises pour des infractions en rapport avec une consommation excessive d’alcool. Elle requiert deux ans de prison avec sursis et mise à l’épreuve et une obligation de soins.
Pour la défense, Me Myriam Sebban plaide la relaxe. « La décision du tribunal pèsera lourd dans la famille », avertit l’avocate qui refuse d’emboîter le pas au ministère public et de partir de l’hypothèse que le prévenu est colérique et boit trop. « De nombreux témoignages disent avant et après les faits quel père exemplaire il est. »
Après en avoir délibéré, le tribunal l’a reconnu coupable et condamné à un an de prison avec sursis.

http://www.sudouest.fr/2013/12/07/violences-sur-un-nourrisson-1251624-2780.php

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