Qu'est-il vraiment arrivé à Jordan il y a cinq ans ? Suicide ? Homicide ? Accident ? Martine et Dominique Artayet ne trouvent pas de réponses lorsqu'ils grimpent chaque semaine sur les hauteurs de Sainte-Barbe pour changer les fleurs déposées en mémoire de leur fils. Dans l'attente d'une décision de justice, ils viennent « se recueillir, respirer un peu ».
Jordan Artayet avait 17 ans. À 9 h 15, le 18 août 2009, son corps sans vie est découvert 40 mètres plus bas, sur les rochers. L'enquête du commissariat de Saint-Jean-de-Luz conclut au suicide. Mais Martine et Dominique Artayet n'y croient pas. Ils estiment « que les investigations ont été incomplètes. Des éléments importants ont été omis. Nous continuons à nous opposer à cette thèse. On pense que c'est un homicide », posent-ils.
Ils ont porté plainte contre X pour homicide. La première plainte a été classée sans suite, la seconde jugée irrecevable. Ils ont alors saisi leur dernière chance de relancer la procédure.
« Le tribunal doit statuer prochainement et ça pourrait déboucher sur un non-lieu », se désespère Martine Artayet (1). Ils ont organisé une conférence de presse ce mardi, pour supplier la justice de ne pas le faire. « On veut qu'un enquêteur reprenne tout à zéro », lance son père Dominique Artayet.
Des traces au cou
La nuit du décès, après son service dans le restaurant luzien où il faisait la saison, Jordan boit « trois bières » à la terrasse d'un bar luzien avec des amis. Il les quitte vers 1 h 45 en scooter. On retrouve le deux-roues, en haut de la butte de Sainte-Barbe, une bouteille de vin pleine dans le coffre. Ses tongs sont « un peu plus loin, comme s'il avait dû courir », dit son père. « Son alcoolémie était bien supérieure à celle de trois bières quand on l'a retrouvé, il avait sans doute rendez-vous pour continuer à faire la fête ». Les témoignages des personnes sollicitées par les enquêteurs après le décès n'ont pas permis de le déterminer.
"Jordan allait bien. Il avait des projets"Selon les investigations initiales, Jordan aurait chuté, à près de 200 mètres de l'endroit où il a laissé ses chaussures, au niveau du sémaphore. Le jeune homme est retrouvé portant de multiples fractures, avec deux dents cassées, une arcade sourcilière en sang et, décrivent ses parents, « des traces au niveau du cou qui font penser à une strangulation ».
Le jour du décès, il a été considéré qu'elles provenaient de sa chaîne de collier. Le garçon aurait heurté une avancée pierreuse pointue et elle s'y serait accrochée. « Mais il n'y a pas eu de prélèvements sur cette pierre pour voir s'il y avait du sang ou des traces », commente le père.
Pour les parents endeuillés, l'état du corps, retrouvé sec, ne colle pas avec les conditions de marées de cette nuit-là. Elle était haute « entre 3 h 24 et 6 heures », l'heure du décès définie par l'autopsie. « Les rochers étaient recouverts par l'eau à l'endroit de la chute. S'il était sec, on peut penser qu'il est tombé après sa mort », disent-ils encore.
Un autre décès le même jour
Le corps aurait pu aussi sécher avant d'être découvert. « Mais dans ce cas, ses vêtements devraient être imbibés de sel et personne n'a fait la démarche de les analyser. » Ils mentionnent aussi ces personnes « qui ne se sont pas rendues aux convocations pour témoigner » ou « l'historique des conversations de son compte Facebook effacé de son ordinateur. »
Et puis cet autre corps découvert le même jour, peu avant 17 heures, au pied de la falaise. Celui d'un SDF toxicomane surnommé « Moïse ». Son sac-à-dos avec ses papiers et son matériel d'injection avaient été retrouvés le matin à Sainte-Barbe. L'enquête conclut là à un accident. Aucun lien entre les deux affaires n'est décelé. Pourtant, la similitude des faits interroge.
Le combat de Dominique et Martine Artayet est-il celui de parents aveuglés de douleur qui n'acceptent pas n'avoir rien vu du mal-être de leur rejeton ? Ils réfutent cette analyse. « C'est faux. Jordan allait bien, il avait des projets. » Il avait passé les mois précédents toute une batterie de tests - notamment psychologiques - à l'armée pour entrer dans la marine et « il venait d'apprendre qu'il était pris chez les sous-mariniers, son rêve ». Pour lui, ses parents ne veulent qu'une chose aujourd'hui : la vérité.
http://www.sudouest.fr/2014/06/18/ils-veulent-la-verite-sur-la-mort-de-leur-fils-1588644-4697.php
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