lundi 4 mai 2015

Maltraitance : douleur et incompréhension après la mort de Teeyah

Parents de la jeune mère emprisonnée après la mort de sa petite fille, début avril, Alain et Malika sont partagés entre douleur, culpabilisation et interrogations. Ils témoignent.
«Moi je veux comprendre et savoir.» Alain se tait, un peu perdu. «C'est difficile. Je m'en veux. Quand nous sommes rentrés de Nouvelle-Calédonie mi-mars, j'ai appelé Elyna de l'aéroport. La conversation d'un père à sa fille… Si on était passé plus tôt.» Entre les contraintes du retour, le déménagement, le travail, deux semaines ont passé. «Une amie m'a reparlé d'Elyna… Elle avait lu La Dépêche. Je ne comprenais pas. Je ne savais même pas si on parlait de ma fille et de son enfant.»
Née en août 2012, Teeyah est morte à l'hôpital Purpan le 2 avril. Arrivée en urgence la veille dans le coma, des brûlures sur le corps, un gros traumatisme crânien sur le haut du visage, la fillette âgée de 2,5 ans n'a pas survécu. Sa mère, qui vient d'avoir 20 ans et son compagnon ont été placés en garde à vue, puis mis en examen et incarcérés. «On ne sait rien. C'est pour cela que nous nous sommes constitué partie civile», explique Alain, père et grand-père meurtri. «Elyna est clairement accusée des maltraitances, plus que son compagnon», confient les parents qui ont demandé à Me Alexandre Martin de formaliser leur constitution de partie civile. «Pas pour accuser, pour comprendre et poser les bonnes questions», prévient l'avocat.
Les questions, les parents veulent en poser notamment aux services sociaux (lire l'encadré). Sans fuir leur propre responsabilité. «Vous savez, je suis allée récupérer ma fille en 2005, en Côte d'Ivoire. Moi j'étais en France depuis cinq ans. La situation à Abidjan était compliquée. Ses grands-parents s'en occupaient mais ils venaient de mourir. Pour moi, c'était normal qu'elle soit avec nous.»
L'arrivée sur les bords de la Garonne n'a pas été simple. La jeune fille a intégré l'école. «Les enfants, entre eux, sont durs», lâche Malika compagne d'Alain et qui parle d'Elyna comme de sa propre fille. À l'école c'était difficile, au collège c'est vite devenu infernal. «J'avais beaucoup de mal», admet Alain. Face à l'adolescente vite rebelle, le dialogue s'est brisé. «On n'y arrivait plus», confie Malika, qui regrette de ne pas avoir «tenu». Elyna a été prise en charge par les services sociaux. «Moi je voulais la ramener en Côtes d'Ivoire, se souvient son père. Je suis passé pour un furieux. Quand je vois le résultat aujourd'hui, j'aurais mieux fait de ne pas écouter.»

http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/04/2098159-douleur-et-incomprehension-apres-la-mort-de-teeyah.html

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