Cet homme s'est jeté dans la Meuse pour aller sauver une femme qui voulait mettre fin à ses jours. Cela valait bien un coup de chapeau et une rencontre.
CE mardi 22 mai, peu avant 14 heures, Frédéric Gilardi presse le pas. Puisque sa voiture est au garage, cet habitant de Floing, âgé de 45 ans, doit rejoindre à pied son bureau, situé à Sedan, de conseiller en financement immobilier.
Il s'engage sur la passerelle piétonne Saint-Vincent qui surplombe la Meuse. La suite, c'est lui qui la raconte autour d'un café. Verbatim.
« Soudain, j'entends crier : ''Je ne sais pas nager !'' Et je vois cette femme, allongée dans l'eau près de la rive, en train de faire un genre de planche.
Je cours vers la berge en demandant à un autre passant d'appeler le 18. Le temps que j'arrive, la femme s'éloignait et semblait prise dans le courant. Je n'ai pas hésité.
Remarquez, mieux vaut ne pas trop réfléchir dans ces moments-là...
« J'en ai bavé »
J'ai enlevé veste et chaussures avant de me mettre à l'eau. Je l'ai rejointe en nageant, sans problème. Mais elle commençait à boire des tasses. Elle s'est accrochée à moi avec son sac en bandoulière, c'est comme ça que j'ai vu que nous n'avions plus pieds. Là, j'ai eu peur pour moi, j'ai même songé un moment à l'abandonner .»
« Mais je l'ai prise par les épaules sans qu'elle bouge trop, poursuit Frédéric Gilardi.
Avec des gros ciseaux de brasse, on a réussi à rejoindre le bord, qui devait être à trois mètres. Le témoin qui avait appelé les secours nous a aidés à sortir de l'eau. La femme était hagarde, crachait de l'eau. Elle m'a juste dit : "Je voulais en finir".
Bon, je n'allais pas la remettre à l'eau (rires).
Sur l'autre rive, il y avait des gens aux fenêtres qui regardaient la scène. Moi, j'ai eu froid. Les pompiers sont vite arrivés, m'ont mis une couverture chauffante et évacué à l'hôpital. J'étais en état de légère hypothermie. Je suis sorti vers 16 h 30.
La nuit suivante, j'ai très mal dormi, je me refaisais le film. Pour la sortir de l'eau, franchement, j'en ai bavé. Le lendemain, j'étais au bureau.
Au travail, dans ma famille, on m'a félicité. Les félicitations des pompiers m'avaient fait plaisir, aussi. Bon, certains proches m'ont aussi rappelé que j'étais père de famille, qu'il ne fallait pas que je l'oublie au moment de prendre des risques.
Dans ce sens, heureusement que cette femme n'a pas plus paniqué que ça quand on était dans l'eau. Avec quelques jours de recul, je suis heureux d'avoir fait ça. »
Claire H., la femme sauvée des eaux par l'action héroïque de Frédéric Gilardi, est internée depuis le 22 mai à l'hôpital de Bélair.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/il-sauve-une-femme-desesperee-de-la-noyade
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