jeudi 25 avril 2013

Dijon : le centre hospitalier poursuivi après un suicide

Le 6 mars 2008, Céline M., pharmacienne, tente de se suicider en se poignardant dans la région du cœur. Elle est transportée aux urgences, où elle est prise en charge vers 8 heures du matin. Opérée d’urgence, elle est sauvée. La jeune femme de 32 ans est transférée au service de chirurgie viscérale, dans une chambre de quatre lits. Dans son bureau, l’infirmière prend connaissance de son dossier médical et se rend au chevet de Céline, dont elle doit changer le drain. Mais le lit est vide et la fenêtre ouverte. La désespérée s’est défenestrée. Elle meurt deux jours plus tard. Les parents de Céline ont déposé une plainte avec constitution de partie civile « pour comprendre » assure leur avocat, Me Portalis. Dans un premier temps, le parquet comme le juge d’instruction ont conclu au non-lieu. Mais la chambre de l’instruction, saisie par les parties civiles, ont renvoyé le CHU devant le tribunal correctionnel, pour homicide involontaire.

L’hôpital a-t-il commis des fautes ?

Il y aurait eu des défaillances non pas dans les soins, mais dans l’organisation de la prise en charge de Céline, selon deux experts. Pour eux, la jeune femme aurait dû subir un examen psychiatrique puis être orientée dans une chambre sécurisée ou, à tout le moins, bénéficier d’une surveillance constante. L’instruction à la barre menée hier par le président Aubertin a surtout mis l’accent sur la question de la communication entre les différents personnels. Si l’infirmière et les aides-soignantes avaient été mises au courant des motifs de son hospitalisation, Céline ne serait probablement pas restée seule.
Pour autant, le CHU, par la voix de son représentant Barthélémy Mayol et de son avocat, Me Lambert, ne reconnaissent pas les faits. L’examen psychiatrique ? « Il était prévu, mais dans le protocole, il a lieu après la prise en charge somatique, comme le recommande la haute autorité de la santé », précise M. Mayol. La chambre sécurisée ? « Elle nécessitait des soins de chirurgie, elle a été orientée dans le service le plus adaptée. Le temps de la psychiatrie vient après celui du soin. » L’absence de communication ? « Le dossier papier, qui est transporté avec la patiente, indiquait bien qu’il s’agissait d’une tentative de suicide. » Bref, d’un strict point de vue de la procédure, tout semble avoir été respecté dans un CHU qui traite 1 200 tentatives de suicide par an. « Son passage à l’acte était à la fois imprévisible et fulgurant » plaidera Me Lambert.
Malgré la position du parquet lors de l’instruction, la procureure Frédérique Geymond a suivi la lecture du dossier de la chambre. Pour elle, il y a bien eu « des manquements qui apparaissent clairement. Une surveillance, un verrouillage des fenêtres auraient été suffisants. » Pour cela, il aurait fallu, au-delà du dossier sur papier, que la communication entre médecins et infirmières soit orale. Elle demande la condamnation du CHU à une amende de 10 000 € assortie tout ou partie du sursis.
Lecture inverse pour la défense et Me Lambert, qui rappelle que tout s’est passé en à peine 2 heures, entre l’admission de Céline aux urgences, son opération, son transfert en chirurgie et son geste fatal. « Elle était déterminée à en finir. »
Le jugement sera rendu le 13 juin.

http://www.bienpublic.com/grand-dijon/2013/04/25/dijon-le-centre-hospitalier-poursuivi-apres-un-suicide

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