Quatre mineurs ont été mis en examen hier pour «violences aggravées» après l'agression d'un médiateur à Empalot. La victime, traumatisée, témoigne.
Le poignet gauche pris dans une attelle, l'homme parle doucement, sans trop articuler. En cause une fracture de la mâchoire. Passé à tabac par une dizaine d'individus le samedi 22 novembre à la station métro d'Empalot, ce médiateur de l'association Medso qui travaille pour Tisséo a accepté de témoigner le jour où quatre mineurs âgés de 16 à 18 ans ont été mis en examen pour «violences aggravées».
Comment allez-vous physiquement ?
Je suis pas mal amoché, surtout au visage. Je souffre d'une double fracture du nez, de fractures des pommettes, de la mâchoire, du crâne… Ils ne m'ont pas raté. Je serai peut-être opéré mais les chirurgiens attendent de voir l'évolution.
Que s'est-il passé le soir des faits ?
Je travaillais à la station Jean-Jaurès. Avec un collègue, nous faisions un rappel à la loi auprès d'un usage. Notre travail consiste à expliquer ce qu'ils risquent en cas d'infraction, notamment quand ils ne payent pas leur ticket. Cela se déroulait normalement quand un autre individu est arrivé, très excité.
Le connaissiez-vous ?
Non. je ne l'avais jamais vu. Il vociférait. On a essayé de le calmer sans succès. À la fin, il m'a bousculé.
Avez-vous réagi ?
Non. Les médiateurs n'ont pas le pouvoir de verbaliser. On cherche à calmer le jeu. On l'a laissé partir.
Que s'est-il passé ensuite ?
J'ai quitté mon travail et je suis allé à Empalot pour voir des proches. En sortant du métro, j'ai vu un grand frère. Je lui ai expliqué ce qui s'était passé, que ce n'était pas normal.
L'agresseur de Jean-Jaurés était-il présent ?
Il était plus loin. Je ne l'avais pas vu. Il est arrivé et direct, m'a mis un coup de poing. Et tout le monde m'est tombé dessus.
Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je me suis retrouvé à terre. J'ai pris des coups de poing, de pied, de matraque, de poing américain… J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillé à l'hôpital.
Connaissiez-vous le jeune garçon qui semble à l'origine de tout ça ?
Non. Je ne l'avais jamais vu. Je ne savais pas qu'il était d'Empalot. Toute cette histoire est liée uniquement au hasard. L'incident à Jean-Jaurés, le fait que j'aille à Empalot après, que je rencontre le grand frère, que l'autre soit encore là…
La médiation, vous y croyez encore ?
Bien sûr. Je travaille avec Medso depuis cinq ans. Je suis diplômé. Je sais que cela permet de régler beaucoup de conflits. Plusieurs fois nous avons réussi à dédramatiser des situations hypertendues. Maintenant, ce qui m'est arrivé est difficile à accepter.
Psychologiquement, comment vous sentez-vous ?
J'ai failli mourir et aujourd'hui encore, j'ai très peur. Dès que je sors de chez moi, je ne suis pas tranquille. La police fait son travail et le fait bien. Moralement, les arrestations constituent un poids en moins. Ça fait du bien.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/12/05/2005490-agression-empalot-ai-failli-mourir-aujourd-hui-encore-ai-tres.html
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