"Un an après, on est dans le dénuement le plus total. Toutes nos interrogations sont restées sans réponse. J'ai 82 ans, je veux savoir comment Patrick est parti."*
Jacqueline Mallet n'en peut plus. Voilà près d'un an que son fils aîné est décédé et elle ignore encore comment et de quoi. Les dernières images qu'elle garde de lui datent du vendredi 16 mai 2014, vers 23 heures. Les caméras de surveillance de l'hôpital Saint-Louis, à La Rochelle, montrent le sexagénaire quitter à pied le service des urgences, un sac à la main. Son corps sera retrouvé dix jours plus tard dans un fossé, le long de la voie ferrée, à mi-chemin entre le canal de Rompsay et le centre hospitalier.
Depuis, rien. Mort naturelle, a conclu l'enquête. Patrick Mallet aurait succombé à un infarctus, privé des médicaments qu'il prenait quotidiennement. Une explication qui ne satisfait pas Jacqueline Mallet ni ses deux autres enfants, Martine et Bruno. Ils ont porté plainte contre X l'automne dernier. Sans succès. L'enquête diligentée par le parquet de La Rochelle se limite pour l'instant à un simple PV de police. Quant au centre hospitalier, il n'a pas jugé utile d'interroger ses services.
Affaire classée ? Pour tout le monde, apparemment, sauf pour la famille.
Des "manquements"
Patrick Mallet, 60 ans, souffrait d'une lourde pathologie neurologique. "Il voyait de plus en plus mal, il tombait sans arrêt, il était si fragile…", se souvient sa mère. Ce 16 mai, au téléphone, elle le trouve mal, en pleine confusion. Elle alerte le Samu qui envoie une ambulance. Patrick est admis aux urgences à 20 h 15. À 22 heures, il n'a pas été pris en charge. À 23 heures, inquiète, Jacqueline appelle. "On m'a répondu… qu'il s'était sauvé."Les recherches entreprises le lendemain ne donnent rien. Patrick Mallet, bien qu'il fut incapable de marcher plus d'un kilomètre, selon son frère Bruno, semble s'être volatilisé. Une semaine d'angoisse passe. Jusqu'à cette battue organisée le 26 mai par la famille et les proches qui aboutira à la macabre découverte.
L'avocat des Mallet, Me Michel Mathière, s'interroge : "Pourquoi Patrick n'a-t-il pas été pris en charge par les urgences alors que son état de santé était connu ? Pourquoi a-t-il été laissé sans surveillance alors qu'il avait déjà fugué à deux reprises de l'hôpital ? Comment est-il possible que les policiers ne l'aient pas retrouvé plus tôt ?" Des "manquements" qui, selon lui, pourraient engager la responsabilité du centre hospitalier comme des services de police.
La version officielle, les Mallet ne la contestent pas. Le décès est d'origine naturelle, pas criminelle, dont acte. Mais ils veulent en connaître le scénario exact. Savoir ce qui s'est passé entre le 16 et le 26 mai, connaître le jour du décès, ses circonstances…
"Quand le corps a été découvert, il n'y avait ni rigidité, ni décomposition, souligne Bruno Mallet. Patrick était assis dans l'herbe, adossé à un muret, la tête penchée en avant. Sa peau était aussi rose que la mienne. Un policier m'a dit : “Celui-là, il n'est pas là depuis longtemps."
"Il serait resté là dix jours sans que l'on ne remarque rien ? Je n'y crois pas une seule seconde !"
La famille affirme ne pas avoir reçu les résultats de l'autopsie. Le contre-examen qu'elle a demandé n'a pas eu lieu. Elle reste seule avec ses interrogations. "Des trains passent sur cette voie ferrée, une petite résidence surplombe l'endroit où le corps a été découvert, poursuit Bruno Mallet. Il serait resté là dix jours sans que l'on ne remarque rien ? Je n'y crois pas une seule seconde ! L'herbe était aplatie comme si le corps avait été traîné."
Sa thèse ? Peut-être son frère a-t-il fait une rencontre - pas forcément mauvaise - ce soir-là. Peut-être est-il décédé ailleurs puis ramené ici ? Des questions qui tournent sans fin dans la tête de Bruno, faute de réponses.
http://www.sudouest.fr/2015/05/06/l-etrange-mort-de-patrick-mallet-1912597-1391.php
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