Agacé, il avait agité son bébé sans réaliser que ce geste pouvait provoquer chez un nouveau-né des lésions fatales. Par chance, ce ne fut pas le cas.
VOIX sourde, diction pâteuse et tête rentrée dans les épaules, l'homme à la barre articule est à la peine : « Je n'avais pas vu arriver mes limites ». L'été dernier, dans sa maison du rethélois, ce père de famille se trouve avec son bébé de trois mois. « Il pleurait… Alors, je lui ai changé sa couche, je lui ai donné le biberon, enfin tout ce qu'il faut faire quand un enfant pleure ». Silence total dans la salle ; penché sur son micro, le prévenu déglutit avec difficulté.
« A un moment, je ne savais plus quoi faire… J'ai voulu qu'il comprenne que je ne savais pas ce qu'il avait ». Alors qu'il le porte au niveau des aisselles, le père secoue son fils « deux fois, peut-être trois », se souvient-il. Lorsque la mère du bébé rentre, celui-ci s'est endormi. Pendant quelques jours, la vie suit son cours. Puis le nouveau-né se met « à vomir systématiquement ses biberons ». Ses parents l'amènent aux urgences d'un hôpital rémois. Un médecin diagnostique vite un hématome sous-dural, caractéristique du syndrome du « bébé secoué » (voir encadré).
Le père finit par faire le lien avec le précédent épisode. Le bébé, dont le pronostic vital n'a jamais été en jeu, est ensuite évacué sur Lille. A l'issue de l'hospitalisation, il est placé dans une structure éducative. Un médecin estime que ce dernier a enduré des « secousses violentes et répétées » pour arriver dans cet état. Sept mois plus tard, « excellente nouvelle », rassure l'avocat du père de famille : le développement psychomoteur du bébé est « satisfaisant », selon le dernier certificat médical en date.
« J'y pense tous les jours »
« J'avais déjà eu un enfant (né d'une précédente union, ndlr), je croyais pouvoir gérer », culpabilise le père. Comme la mère de son fils, il travaille et n'a jamais été condamné. Lucide, ce M. Tout-le-monde dit : « Je ne me suis pas vu dans cette colère ». La présidente demande : « Vous réalisez que votre enfant aurait pu mourir ? » Pour le prévenu, chaque mot devient un effort : « J'y pense tous les jours […] Mon fils a eu de la chance ». Suite à ce « geste malheureux », il n'a plus osé reprendre son enfant dans ses bras « jusqu'à ce que ma femme insiste ».
Le substitut du procureur requiert deux ans de prison avec sursis. A l'issue du délibéré, l'homme est condamné à un an de prison, dont dix mois avec sursis. Les deux mois ferme seront aménagés par le port d'un bracelet électronique. Une prochaine audience devant le juge des enfants décidera de lever ou non la mesure éducative encore en cours, laquelle limitait à quelques heures par semaine le temps passé par ce père légitimement rongé par sa faute avec son enfant revenu de très loin.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/bebe-secoue-une-peine-amenagee-pour-le-pere
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