Voler sa mère afin d'en faire profiter sa propre famille, Dominique l'a fait avec zèle pendant des mois. Elle a été condamnée à un an avec sursis.
«CE qu'on vous reproche, ça s'appelle un abus de confiance, vous comprenez Madame ? », demande la présidente Picoury. Face à elle, Dominique hoche la tête en silence. Mercredi, cette femme de 62 ans comparaissait pour la première fois au tribunal.
Pour elle, le début des ennuis date du printemps 2007, lorsqu'un de ses frères s'étonne que leur mère, âgée de 82 ans et domiciliée à Charleville-Mézières, reçoive des courriers de mise en demeure.
Intrigué, il met le nez dans les comptes bancaires de cette dernière. Il découvre que sa sœur Dominique ponctionne à des fins personnelles une bonne partie des 3 700 euros mensuels de pensions dont bénéficie sa mère, amputée des deux mains depuis un accident.
Le frère porte plainte. Au cours des quatre derniers mois, le préjudice est fixé à 4 662 euros répartis en 29 chèques établis au nom de sa mère ainsi qu'environ 20 000 euros de retraits dans des distributeurs automatiques de billets.
Parmi les achats recensés par le frère : une voiture, une salle à manger, un bijou mais aussi, la plupart du temps, de la nourriture pour subvenir aux besoins de ses enfants - elle ne travaille pas.
La prévenue, qui reconnaît les faits, résume à sa manière : « Je conçois que j'aie exagéré […] Je suis désolée, je regrette ».
La présidente appuie là où ça fait mal : « Vous dites dans le dossier : ''Ma mère m'a toujours donné ce que je voulais''… C'est ça qui est triste, non ? » Silence.
« La pire des tentations »
Dominique a le remords sincère mais tardif. A l'époque, elle avait pris soin que les courriers destinés à sa mère arrivent directement à son domicile.
Peu avant que tout n'éclate, le compte de sa mère s'est retrouvé à découvert. Et celle-ci, fragilisée par les années et pas toujours consciente des agissements de sa fille, préférait par pudeur cacher la précarité dans laquelle elle vivait.
L'avocate de la partie civile gronde : « Tout avait commencé dès 1999. En réalité, le préjudice total doit avoisiner les 250 000 euros. Votre mère n'avait plus les soins élémentaires ! Elle n'avait plus d'habits ! Sa vie aurait pu être plus douce mais vous l'avez empêchée par appât du gain […] Au cours des années 2000, deux de ses fils sont décédés mais ce que vous lui avez fait, c'est peut-être le plus dur à supporter ! »
La substitut du procureur requiert un an de prison avec sursis. Tout en fustigeant « les leçons de morale » de la partie adverse, l'avocate de la défense reconnaît que sa cliente « a cédé à la pire des tentations. C'est une histoire dramatique et triste […] Aujourd'hui, ses frères refusent qu'elle voie sa mère et ça, c'est très dur pour elle ».
A l'issue du délibéré, Dominique est condamnée à un an de prison avec sursis.
Une audience civile fixera les indemnisations à verser. La coupable s'en va sans s'attarder sur les nombreux regards qui la fusillent.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/la-fille-vidait-les-comptes-de-sa-mere-octogenaire
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