Un Pakistanais devait être jugé pour tentative d'escroquerie à la fausse carte bancaire. Faute d'interprète, l'affaire a été renvoyée.
PÈRE de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts qui a, en 1539, constitué, l'acte fondateur de la primauté et de l'exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique, François Ier y aurait-il vu comme une entorse à ce texte, sans doute l'un des plus anciens encore en vigueur dans notre pays ? Impossible, évidemment, de le savoir.
Nécessité faisant loi, le tribunal correctionnel n'a en tout cas, jeudi après-midi, eu d'autre alternative que de s'adapter, bon gré mal gré à la situation à laquelle il était confronté.
Yes card
Il devait en effet examiner, selon la procédure de comparution immédiate, le dossier d'un ressortissant pakistanais de 24 ans interpellé lundi par les services de police alors qu'il venait de tenter d'acheter chez Cora un ordinateur pour un montant de l'ordre de 750 euros avec une fausse carte bancaire, appelée également « yes card ».
L'escroquerie consiste à encoder une « yes card » avec les chiffres d'une carte bleue volée et peut fonctionner aussi avec une carte de fidélité, pourvu qu'elle soit munie d'une bande magnétique. L'hypermarché a, en l'espèce, réussi à déjouer l'arnaque.
Du français à l'anglais
Sur le mis en cause, les policiers ont retrouvé quatre fausses cartes bancaires mais aussi un faux titre de séjour… espagnol, avec un faux nom. L'homme, en situation irrégulière sur le sol français, était d'ailleurs connu de la justice sous, au moins, quatre identités différentes. De quoi brouiller les pistes.
Si, lors de la garde à vue, les enquêteurs ont pu bénéficier de l'assistance d'un interprète parlant le penjabi - l'une des langues pratiquées au Pakistan -, les magistrats se sont, eux, retrouvés sans traducteur à l'heure de prendre le dossier.
Les magistrats n'avaient donc d'autre choix que de renvoyer l'affaire à une date ultérieure, une décision qu'il fallait pourtant expliquer à l'intéressé, ce à quoi se sont attachés deux juges du siège tout à la fois en français et en anglais, avec l'aide du procureur de la République Jean-Baptiste Bladier, plutôt à l'aise dans la langue de Shakespeare.
Son avocat, Me Laurent Landry, ne pouvait, lui, que constater qu'en contradiction avec l'article 6-3 de la Convention européenne des droits de l'homme, il ne lui était pas possible de « communiquer de façon facile » avec son client, et de lui expliquer ce qu'il encourait.
Restait au tribunal à se prononcer sur le maintien ou non en détention du prévenu. Le parquet - en l'absence de garanties de représentation - et la défense - qui ne souhaitait pas de mesure coercitive - ne partageait évidemment pas la même vision.
Au final, les juges ont décidé de maintenir le Pakistanais en maison d'arrêt jusqu'au 28 février, date de sa nouvelle comparution. En Penjabi cette fois.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/fausse-carte-bancaire-langlais-a-la-barre
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